démasqués
un documentaire-fiction
sur les violences conjugales
synopsis
Isabelle et Laurence auraient pu ne jamais se rencontrer car elles ne viennent pas du même milieu, ne vivent pas dans la même ville, n’ont pas le même âge et pas la même histoire. Pourtant, un lien invisible les relie : celui de la violence conjugale. Toutes les deux ont aimé mais elles ont connu l’emprise, la peur et le silence. Aujourd’hui, leurs chemins se séparent autant qu’ils se répondent : Isabelle tente de se reconstruire, pas à pas. Laurence, elle, est encore au cœur de la tempête, prise dans une bataille judiciaire épuisante depuis quelques années. Malgré la fatigue, malgré les regards, malgré la honte qu’on voudrait leur imposer, elles ont fait un choix important : parler. Elles mettent des mots là où il y avait du secret. Elles ont choisi de devenir des visages là où l’on ne voit trop souvent que des chiffres. Dans les médias, ce sont des statistiques, des faits divers, des colonnes de nombres qui s’accumulent.
Mais que se passe-t-il vraiment derrière les portes closes ? Comment glissent-elles dans l’inacceptable ? Pourquoi est-ce si difficile de partir ? Et surtout comment survivent-elles ? Leurs récits, bruts et bouleversants, sont éclairés par d’autres voix : une députée, une gendarme, une psychologue et une écoutante bénévole également conseillère régionale. Des femmes engagées qui sont confrontées chaque jour à ces réalités. Elles répondent aux questions que l’on n’ose pas poser. Elles tendent la main aux proches démunis, aux témoins hésitants et aux victimes encore enfermées dans le silence. Dans la fiction, les souvenirs prennent corps. Des comédiens incarnent les fragments de mémoire, les instants de bascule, les silences lourds, les mots qui blessent. Et au milieu d’eux, un narrateur, figure masculine, accompagne, questionne et relie. Il ne juge pas. Il ouvre un espace et invite chacun à ressentir, à réfléchir, à se positionner.
Ce documentaire-fiction tisse un pont fragile et puissant entre l’intime et le collectif. Il parle de douleur, d’injustice, de peur et de solitude mais il parle surtout de courage, de résilience et d’espoir. Il nous rappelle que ces histoires ne sont pas “celles des autres”. Elles vivent peut-être derrière nos murs, dans nos familles, parmi nos amis. Et il nous laisse face à une question simple :
et si, à notre échelle de citoyens, nous avions tous un rôle à jouer ?
note d'intention
Démasqués est né d’une évidence : celle de ne plus détourner le regard, d’ouvrir les yeux et d’affronter ce qui se cache derrière les portes closes. Nous nous sommes demandés : Sommes-nous démunis face à l’ampleur des problèmes, par manque de repères ou de projets communs dans notre société ? Peut-être ne sommes-nous pas indifférents, mais désorientés, en l’absence de cadre collectif. Ce vide d’engagement vers un intérêt commun crée une forme d’immobilisme qui, peu à peu, selon nous, ouvre la voie à la banalisation de la violence dans notre société. L’objectif ici est de sortir les violences conjugales du domaine de l’intime et de la honte. Ce projet est une réponse. Une réponse sensible, engagée, artistique, à une réalité que nous avons décidé de ne pas ignorer. Nous avons commencé à parler de ces questions il y a trois ans avec un premier film. “Paroles des Femmes” est un long-métrage réalisé par Sophie Deloume en 2023, monté par Olivier Roca et produit / distribué modestement par l’association P-ART-OLES. Ce documentaire fiction d’une heure trente a été projeté à une vingtaine de reprises, dans des salles de cinéma, des lieux municipaux, des écoles et lors de divers événements. À travers le témoignage de cinq femmes anciennement victimes de violences conjugales, il retrace leur rencontre avec leur agresseur jusqu’à la rupture. Le film a été bien accueilli, en grande partie en raison de son regard authentique et naïf. Il ne cherche pas à diviser mais à faire prendre conscience au spectateur de ce qui se joue en huis clos, dans la douleur et la solitude.
Seulement, après chaque projection, une question revenait sans cesse : Que se passe-t-il après ? Pour la majorité des projections, les témoins du film étaient présentes aux côtés de l’équipe pour répondre à ces interrogations. Cependant, à notre sens, il est trop limité que ces questions ne soient abordées que lors de débats complémentaires dans les salles. Pour offrir une véritable réponse collective à cette problématique, il nous fallait un nouveau film, qui aille plus loin dans le propos. Pour notre nouveau projet de documentaire fiction, nous avons fait le choix de raconter les violences sous l’angle du décryptage et de la reconstruction. Nous voulons les faire ressentir dans les corps, dans les silences et dans les regards. Isabelle et Laurence, les deux femmes que nous avons rencontrées et qui témoignent, ont traversé ces violences de tout leur être. Le danger pour elles n’était pas abstrait, il était réel, tangible et quotidien. Ce film montrera la violence, non pour choquer ni pour créer du spectaculaire mais pour ce qu’elle est : insidieuse, brutale, méthodique, perverse. Il s’agit de la mettre face au public, sans détour, sans fard, parce que, selon nous, tant qu’on ne l’analyse pas, elle continue d’agir en silence. L’humain, en majorité, a besoin de le comprendre pour voir. Nous ne sommes pas tous responsables des violences subies par les autres, mais nous avons tous une part de responsabilité lorsque vient le moment d’agir ou de se taire. Ce projet, dans toute sa complexité, porte cette conviction : l’art peut être un déclencheur de conscience, et peut-être même, un point de départ vers un changement, car nous pensons que le monde de l’audiovisuel est le reflet de la société, et qu’il peut aider à déclencher une action.
Lors de la phase de réflexion pour le casting de la fiction, nous avons été frappés par une difficulté inattendue : nous recherchions un comédien d’une cinquantaine d’années, connu du grand public, capable d’incarner un personnage masculin ambivalent. Mais très vite, un constat s’est imposé à nous : beaucoup de noms évoqués étaient soupçonnés ou accusés de violences. C’est une réalité qui en dit long sur l’état de notre milieu et donc sur notre société. Pour nous, ce n’est pas simplement une anecdote de production. C’est le reflet d’un malaise plus large. Il devient de plus en plus difficile de faire comme si de rien n’était, de séparer l’œuvre de l’artiste surtout quand l’artiste est porteur des violences que nous cherchons à dénoncer à l’écran. Ce projet, c’est donc aussi une tentative de cohérence. Nous devons être vigilants à chaque étape de création car c’est, certes, un engagement artistique mais aussi éthique. Selon nous, raconter ces histoires exige de la justesse pour les réalisateurs, de l’écoute de la part du public et du courage pour les victimes. Nous parlons d’où nous sommes, de notre jeunesse ou grâce à notre rationalité scientifique. Nous n’avons pas de nom pour parler et c’est la raison pour laquelle ces femmes s’adressent à nous… Mais “Démasqués” ne s’arrête pas là. Le film parle surtout de ce qu’il reste après la rupture : de la reconstruction et de la force qu’il faut pour se lever un matin, avec un corps abîmé, une âme fracturée et décider quand même d’exister. Isabelle et Laurence sont deux de ces femmes, deux survivantes. Elles n’ont rien en commun, si ce n’est la violence. Chacune à leur manière, elles ont accepté de poser des mots et de retracer le fil de leur histoire. Elles ne sont pas parfaites. Elles ne sont pas des héroïnes lisses. Elles sont authentiques, vivantes et profondément courageuses.
Le film donne aussi la parole à celles qui luttent chaque jour pour faire avancer la cause des violences conjugales. Une députée qui défend les victimes à l’Assemblée et sur son territoire, une écoutante bénévole / conseillère régionale qui, avec son soutien, sauve des vies et agit politiquement, une psychologue qui accompagne les femmes démunies et une gendarme confrontée à la détresse, au doute et à la peur. Toutes nous rappellent que cette question de l’après est transversale et qu’elle dépasse les cas individuels. Cela demande une mobilisation collective.
Nous sommes un binôme de réalisateurs, un homme et une femme. Ce n’est pas un choix anodin parce que nous pensons qu’il est temps que les hommes prennent aussi leur part dans cette cause. À notre sens, il faut tendre la main à chaque personne qui souhaitent s’engager pour qu’elles puissent écouter, comprendre et s’impliquer. Il manque une figure masculine dans notre société qui pourrait montrer l’exemple aux hommes, d’où notre idée d’un narrateur tout le long de la fiction. Il sera présent, non pas en sauveur, mais en allié. Ce film n’est pas un manifeste féministe fermé mais une main tendue, une tentative d’alliance et une mise en commun des regards. Et cette intention, nous avons voulu l’incarner à l’image. D’un point de vue artistique, nous avons pris le parti d’un double langage. D’un côté, nous avons choisi les témoignages dans le documentaire, bruts, incarnés et captés dans leur vérité et de l’autre côté, un travail de mise en scène cinématographique incarné par des comédiens. Nous avons fait le choix de la fiction pour jouer certaines scènes de la vie d’Isabelle et Laurence, discutées avec soin au préalable. Nous voulons les rendre visibles d’une autre manière, dans un autre langage. Les comédiennes incarnant Isabelle et Laurence, par leur souffle, leur regard, leur vibration, transmettent ce que les mots seuls ne peuvent dire. Elles deviennent des relais d’âme pour ces deux femmes et, finalement, pour toutes les personnes victimes de violences. Comme écrit précédemment, un narrateur accompagne ces scènes de fiction. Il est là comme un guide. Il interroge les scènes sans juger. Il relie les fragments et porte des questions sociétales en invitant le public à réfléchir. Il ne prend pas une place en trop mais il marche aux côtés. Son rôle est d’ouvrir l’espace de pensée, d’introspection et de dialogue sur l’importance d’être présent aux côtés des victimes. Nous avons la conviction qu’il faut faire ce film, dans un premier temps pour les victimes, pour toutes celles qui n’ont pas pu parler, pour celles qui ont pu parler, pour celles qu’on n’a pas cru, pour celles qui ont réussi à obtenir justice. Mais aussi, il faut le faire pour toutes ces personnes qui n’en savent pas assez sur cet engagement collectif, pour celles qui ont envie d’agir mais ne savent pas comment, pour celles qui agissent déjà.
Ce que nous espérons à travers ce film, c’est créer une onde sensible, sociale et politique. Nous voulons que les spectateurs sortent de la salle bouleversés, éveillés et transformés. Nous souhaitons que les hommes s’interrogent et que les femmes se sentent moins seules. Il faut que les institutions se sentent interpellées. Ce film est dans un sens une alarme, mais aussi une promesse de lumière, de réparation et d’espoir. Nous pensons qu’il faut prendre conscience que nous connaissons tous, de près ou de loin, quelqu’un qui a souffert de violences conjugales et que chacun de nous a une part de responsabilité dans le combat contre ces violences.
